LISIÈRES – DAVID SOlÍS

Ses paysages naissent et se développent d’abord dans son esprit, pour ensuite lentement envahir la toile. Ils l’envahissent de même que la nature tropicale colonise, lentement, décidément, chaque centimètre carré de terre ; là où les feuilles s’élèvent jusque dans les airs cherchant la lumière, l’accaparant, sans laisser le marcheur – minuscule être humain – voir le ciel. Les troncs, les feuilles, les joncs, les lianes, les racines : une biodiversité foi- sonnante qui, dans les toiles également, enserre le spectateur. Ses jungles primaires sont construites de traits verticaux, troncs fins qui s’ancrent quelque part et s’élèvent vers l’ailleurs, mais qui, entre les deux, par un jeu de perspective et de cadrage, sont étrange- ment semblables à des barreaux de prison. Par où respirer ? L’œil du spectateur cherche l’air, l’échappatoire. Il la trouve souvent dans une petite frange haute de la toile : le ciel
bleu dans lequel se découpe la silhouette des arbres, et au loin, une étendue d’eau. Cet «espoir » semble alors d’autant plus cruel : l’Eldorado est tellement loin… ou ne serait-ce qu’un mirage ?

Le cadrage des œuvres est surprenant, totalement centré sur le milieu des troncs : où se trouve alors le spectateur ? Il est face à cette forêt, et pour cela, il doit être situé en hauteur. Sur le pont d’un navire dans l’immensité de la mer ? ou bien sur une colline dénuée d’arbres, elle ? quoi qu’il en soit, la civilisation humaine, bien qu’elle ne soit pas représentée, est implicite par ces points de vue – le navire avançant vers ces côtes ou la colline ayant subi la déforestation. Les forêts de Solís représentent la lisière.

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